Demande à dix pêcheurs de brochet ce qu’est un underspin, sept répondront que c’est un petit spinnerbait. C’est faux, et cette confusion explique pourquoi cette famille reste absente de la plupart des boîtes françaises alors qu’elle répond exactement au problème le plus fréquent : le poisson qui suit un shad sans jamais se décider.
La géométrie change tout
Sur un spinnerbait, la palette se trouve devant et au-dessus du leurre, portée par un bras d’acier qui protège l’hameçon. Elle génère de la portance et fait remonter l’ensemble, elle rend le leurre pratiquement anti-herbe, et elle éloigne le flash du point d’attaque.
Sur un underspin, la palette est suspendue sous la tête plombée, par un simple émerillon, dans l’axe du leurre. Il n’y a pas de bras. Trois conséquences en découlent, et elles inversent presque tout.
La palette ne génère plus de portance vers le haut, elle stabilise l’ensemble et le fait descendre plus droit. Un underspin coule au lieu de planer.
Le leurre n’est plus anti-herbe. La pointe de l’hameçon est exposée comme sur une tête plombée classique, ce qui interdit les zones très encombrées et améliore nettement le taux de piquage.
Le flash se produit juste sous le corps du leurre, au même endroit que la silhouette. Le brochet ne voit plus deux objets distincts, il voit une seule proie brillante.

Pourquoi ça débloque les suivis
Le scénario est familier à tous ceux qui pêchent au shad. Un poisson suit, s’approche à trente centimètres, accompagne le leurre sur plusieurs mètres, puis repart sans toucher.
Ce comportement n’est pas un manque d’intérêt, c’est un défaut de déclenchement. Le brochet a évalué la proie, quelque chose ne colle pas, et il abandonne au dernier moment. Ce qui manque, dans la plupart des cas, c’est un élément de désordre : un reflet, un mouvement latéral, un signal qui ne correspond pas à une nage régulière et donc rassurante.
La palette placée sous le corps produit exactement ce désordre. Elle ajoute une pulsation et une réflexion lumineuse au point même où le poisson concentre son attention. Beaucoup de suivis se transforment en attaque simplement parce qu’un détail supplémentaire est venu casser la lecture du prédateur.
C’est pour la même raison que cette famille fonctionne particulièrement bien en eau claire, où le poisson dispose du temps et de la visibilité nécessaires pour hésiter.
Comment le monter
Un underspin se pêche habillé. La tête plombée à palette n’est qu’un support, c’est le leurre souple monté dessus qui donne la silhouette.
Le choix du trailer détermine le comportement de l’ensemble. Un shad à paddle ajoute une vibration arrière et un volume important, ce qui donne un ensemble bruyant et lent. Un slug ou un leurre finesse sans action laisse la palette seule produire le signal, ce qui donne un ensemble beaucoup plus discret.
La longueur du trailer se choisit en fonction de l’hameçon. La pointe doit ressortir dans le tiers avant du corps, jamais trop en arrière, sinon le poisson pince la partie non armée et tu multiplies les ratés.
Le montage doit être parfaitement rectiligne. Un trailer enfilé de travers fait vriller tout l’ensemble, et une palette qui tourne sur un leurre qui vrille devient une machine à emmêler la ligne.
Quelle animation ?
Trois façons de le pêcher, dans l’ordre de simplicité.
La récupération linéaire lente est le point de départ. La palette tourne, le trailer travaille, et l’ensemble progresse à profondeur constante. C’est la façon de couvrir du terrain et de trouver le poisson actif.
Le slow rolling près du fond vient ensuite. Tu laisses descendre jusqu’au contact, puis tu ramènes juste assez lentement pour rester à quelques dizaines de centimètres au-dessus. La palette tourne à peine, mais elle tourne, et ce régime minimal est redoutable en eau froide.
Le stop and go enfin, qui exploite la particularité du montage. Pendant la pause, l’ensemble descend et la palette continue de tourner en battant, exactement comme une feuille morte métallique. Une bonne part des touches arrive à cet instant précis, ce qui impose de suivre la descente avec le scion.
Underspin ou rubber jig ?
Les deux se ressemblent sur le principe, une tête plombée habillée, et ils répondent pourtant à des situations différentes.
Le rubber jig mise sur le volume, la jupe et la présentation lente au fond, avec un caractère anti-herbe qui autorise les zones encombrées. C’est l’outil des postes précis et du bois noyé, sujet traité dans l’article sur la pêche du brochet au rubber jig.
L’underspin mise sur le flash et la présentation en mouvement, sur des fonds propres. C’est l’outil des plateaux, des bordures dégagées et de la pleine eau.
Autrement dit, ils ne se remplacent pas. Ils occupent deux cases distinctes qu’un pêcheur complet a intérêt à couvrir toutes les deux.
Seize grammes, pour quelle profondeur ?
Ce grammage relativement modeste oriente clairement vers les faibles et moyennes profondeurs, disons jusqu’à trois ou quatre mètres en eau calme.
Il faut se rappeler que la palette freine la descente, même placée sous le leurre. À grammage égal, un underspin coule moins vite qu’une tête plombée nue, et il faut en tenir compte quand tu comptes ta descente.
Le trailer joue aussi. Un shad volumineux ralentit sensiblement l’ensemble, un leurre fin le laisse descendre. Tu disposes donc de deux réglages indépendants, le grammage et le trailer, pour ajuster ta strate sans changer de leurre.
Au-delà de cinq mètres ou dans le courant, il faut monter en grammage. Le comparatif des meilleurs spinnerbaits à brochet couvre la famille voisine, avec des grammages nettement supérieurs.
Pour qui, et à quel prix ?
C’est un leurre pour le pêcheur qui plafonne au shad et qui accumule les suivis stériles. C’est aussi un excellent leurre de progression, parce que la récupération linéaire suffit et que le montage s’apprend en cinq minutes.
Il ne convient pas aux zones encombrées, où l’absence de protection d’hameçon devient rédhibitoire, ni aux eaux très chargées où le flash ne sert à rien.
Le Pig Raiser Under Spin 16 g est disponible chez Leurre de la Pêche autour de dix euros. N’oublie pas de budgéter les trailers : la tête seule ne pêche pas, et c’est le corps souple monté dessus qui fera l’essentiel du travail visuel.
Quelle couleur de palette ?
Sur un leurre dont l’argument principal est le flash, la finition de la palette n’est pas un détail esthétique.
Une palette argentée renvoie un flash blanc, franc, très proche de celui d’un flanc de gardon. Elle donne les meilleurs résultats en eau claire et sous une lumière franche, où le contraste avec le fond est déjà marqué.
Une palette dorée ou cuivrée renvoie une lumière plus chaude et plus sourde. Elle conserve de l’efficacité en eau légèrement teintée et par ciel couvert, là où l’argent devient terne faute de lumière à réfléchir.
Une palette peinte, blanche ou vive, ne réfléchit presque rien mais crée une tache de couleur visible. Son intérêt se situe en eau vraiment chargée, où elle fonctionne comme un point de repère plutôt que comme un miroir, et lorsque tu cherches un signal différent de celui que tout le monde passe.
Le raisonnement pratique est de garder deux finitions dans la boîte, une claire et une chaude, et de changer quand tu passes d’un secteur clair à un secteur teinté. C’est un des rares choix de coloris qui repose sur de la physique plutôt que sur de la confiance.
Underspin, spinnerbait, rubber jig : trois leurres à palette ou à jupe pour un même poste
Le CWC Pig Raiser Under Spin 16 g, à moins de sept euros, est rarement comparé à ce qu’il remplace vraiment. Son concurrent direct chez le même marchand est le CWC Spinner Pig Chopper 17 g, au même prix : même marque, même grammage, mais la palette est devant, sur un bras, et le leurre se pêche en linéaire au-dessus des obstacles. Le test du Spinner Pig Chopper explique pourquoi cette géométrie accroche moins dans les branches. L’underspin, lui, se pêche plus lentement et plus bas : la palette tourne sous le corps souple, le leurre coule tête en avant, et il travaille les cassures où un spinnerbait remonterait. La troisième option est le rubber jig, un leurre à jupe sans palette, qui se pêche encore plus lentement et au contact du fond. Le chatterbait complète la famille : une lame devant, une vibration forte, pour les eaux teintées.
Le choix se fait sur la hauteur de nage et sur la vitesse. Pour rester dans le premier mètre sur les herbiers, le spinnerbait. Pour descendre sur une cassure de deux à trois mètres et faire tourner une palette au ralenti devant un poisson posté, l’underspin. Pour poser un leurre dans une souche et le faire sauter, le rubber jig. Le guide du spinnerbait pour le brochet détaille les grammages et le comparatif des chatterbaits couvre la quatrième famille. Pour le corps souple à monter sur l’underspin, le guide des leurres souples indique les shads de 10 à 12 cm qui conviennent.
Le mot de la fin
Une palette sous le leurre plutôt que devant, et toute la logique s’inverse. Ça coule au lieu de planer, ça pique au lieu de protéger, et ça brille exactement là où le poisson regarde. Essaie-le la prochaine fois qu’un brochet te raccompagne jusqu’au bord sans mordre.
