Le Mirage JT161 est un swimbait articulé trois sections conçu et fabriqué par Hiroshi Takahashi, fondateur de la marque japonaise Trefle Creation. Avec ses 161 mm pour 45 grammes et ses deux triples, ce leurre dur a été pensé dès l’origine pour résoudre les principaux défauts des swimbaits classiques tout en maximisant les chances de déclencher des attaques de brochets. Distribué en France par Flash-Mer, il se positionne comme un swimbait accessible aussi bien aux pêcheurs débutants qu’aux traqueurs de carnassiers expérimentés, à un tarif contenu autour de 30 euros.
Un swimbait né d’un problème concret
Hiroshi Takahashi ne s’est pas lancé dans la conception du Mirage par hasard. Avant de développer la version trois sections que l’on connaît sous la référence JT161, il avait déjà créé le Mirage JT128, une version deux sections plus compacte. Le point de départ de toute la gamme Mirage repose sur un constat simple que tout pêcheur de swimbait a expérimenté au moins une fois : les leurres articulés sont souvent très difficiles à lancer correctement. Au moment du lancer, le corps articulé a tendance à se mettre en arc de cercle, à tourner sur lui-même ou à partir en crabe, ce qui réduit considérablement la distance et la précision du lancer.
Pour résoudre ce problème, Hiroshi a développé un système ingénieux. Au moment du lancer, le Mirage JT161 se met naturellement en position droite et rigide grâce à la façon dont le pêcheur le tient avant de lancer. Dès que le leurre touche la surface de l’eau, il retrouve instantanément toute sa mobilité articulée et sa nage reprend. Ce détail technique peut sembler anodin sur le papier, mais dans la pratique il change radicalement le confort de pêche. On lance loin, on lance droit, et on ne perd plus de temps à démêler un leurre qui serait parti de travers.

Pourquoi le swimbait fonctionne si bien sur le brochet
Hiroshi Takahashi a passé de nombreuses sessions de test en Hollande, notamment dans les polders, pour mettre au point ses leurres destinés au brochet. Sa philosophie de conception repose sur une observation fondamentale : le brochet possède une morphologie de tête comparable à celle d’un alligator, avec une gueule large et aplatie. Cette forme implique que le brochet attaque le plus souvent par en dessous ou sur le côté, et qu’il a besoin de pouvoir anticiper la trajectoire de sa proie pour l’intercepter efficacement.
C’est la raison pour laquelle le Mirage JT161, avec sa nage relativement serrée et inline, facilite les attaques par rapport à un swimbait qui aurait un débattement latéral trop prononcé. Hiroshi explique avoir observé à plusieurs reprises des brochets qui changeaient de direction au dernier moment face à un leurre dont la nage était trop ample et imprévisible. Le brochet préfère une proie dont la trajectoire est lisible et prévisible, ce qui lui permet de calculer son angle d’interception avec précision.
La question du bruit : le fil comme ennemi du pêcheur
L’un des principes fondamentaux qui guide tout le travail de conception chez Trefle Creation est la gestion du bruit parasite. Hiroshi considère que le bruit généré par le fil dans l’eau est l’un des principaux facteurs qui empêchent les brochets de mordre, en particulier par temps calme. Le brochet serait selon lui l’un des poissons les plus sensibles à ce type de perturbation, plus encore que beaucoup d’autres carnassiers.
Cette analyse remet en perspective un conseil que l’on entend souvent dans le monde de la pêche au brochet : l’idée qu’il faut du vent, des vagues et une eau un peu trouble pour bien pêcher. Pour Hiroshi, ce n’est pas que le poisson soit excité par les conditions agitées, mais plutôt que le bruit ambiant généré par le vent et les vagues couvre les bruits parasites produits par le fil, le bateau et les mouvements du pêcheur. La méfiance du brochet diminue et il se laisse plus facilement tenter par un leurre qui passe à sa portée.
Le Mirage a donc été conçu pour offrir suffisamment de présence visuelle et vibratoire pour attirer l’attention du brochet, tout en produisant un minimum de perturbations acoustiques indésirables. C’est un swimbait qui pousse de l’eau quand il nage et quand il change de direction, mais dont le passage dans l’eau reste discret comparé à un jerkbait ou un crankbait qui tape dans la couche d’eau à chaque animation.
Trois sections contre deux : quelles différences entre le JT161 et le JT128
La gamme Mirage existe en deux versions principales. Le JT128 est la version originale à deux sections, plus compacte avec ses 128 mm. Le JT161, avec ses trois sections et ses 161 mm, offre une nage sensiblement différente. La nage du JT161 est plus serrée et plus contenue que celle du JT128. Cette nage plus inline donne au leurre une allure de nage que l’on pourrait qualifier de plus naturelle, même si Hiroshi préfère employer le terme « différente » plutôt que « naturelle ».
L’un des avantages majeurs de la version trois sections se manifeste en rivière. Dans le courant, le JT161 est nettement plus stable que la version deux sections. Pour les pêcheurs qui pratiquent en rivière, cette stabilité est un critère déterminant dans le choix du leurre. Hiroshi conseille d’ailleurs d’utiliser le JT161 pour la pêche en rivière et en fleuve, et de réserver le JT128 pour la pêche en étang et en plan d’eau calme où le débattement plus ample de la version deux sections peut au contraire constituer un atout pour attirer l’attention des poissons.
Conception et détails techniques
Le Mirage JT161 mesure donc 161 mm pour un poids de 45 grammes. Il est équipé de deux triples, ce qui le rend directement conforme à la réglementation française qui limite le nombre d’hameçons. C’est un avantage non négligeable par rapport à de nombreux swimbaits importés qui sont livrés avec trois triples et obligent le pêcheur à en retirer un, avec le déséquilibre que cela peut engendrer. Hiroshi a volontairement conçu le Mirage avec seulement deux triples pour éviter ce problème et garantir un équilibre parfait en sortie de boîte.
La queue du Mirage est souple et interchangeable. Chaque boîte contient une queue de rechange, ce qui est appréciable car c’est la partie la plus exposée aux dents des brochets. La matière utilisée est du TPE, un élastomère thermoplastique qui présente l’avantage de ne pas fondre au contact des autres leurres en PVC dans la boîte de rangement. Si la queue se tord après stockage ou après un combat, il suffit de la retirer et de la plonger dans de l’eau chaude pendant environ une minute pour qu’elle retrouve sa forme d’origine. Hiroshi insiste sur l’importance de vérifier que la queue est bien droite avant chaque session, car une queue tordue altère significativement la nage du leurre.
On remarque également deux petites ailettes sous la première section du leurre. Ces ergots remplissent une double fonction. Premièrement, ils agissent comme un dispositif anti-rolling. Le corps du Mirage est volontairement fin et profilé, contrairement à beaucoup de swimbaits qui adoptent un corps haut et large pour éviter le roulis. Ce profil fin facilite la prise en gueule par le brochet, et les ailettes compensent en empêchant le leurre de rouler sur lui-même. Deuxièmement, ces ailettes aident à maintenir le leurre en profondeur lorsque l’on pêche depuis une berge surélevée ou dans des configurations où le leurre aurait naturellement tendance à remonter trop vite en surface.
Comment animer le Mirage JT161
La grande force du Mirage JT161 réside dans sa simplicité d’utilisation. L’animation de base recommandée par Hiroshi est un simple lancer-ramener lent, ponctué de pauses. Pas de grands jerks, pas de tirées sèches, pas d’animation complexe. On lance, on moline doucement, on marque des pauses de temps en temps, et le leurre fait le travail tout seul grâce à sa nage articulée.
Hiroshi insiste particulièrement sur la lenteur de récupération, surtout en début de saison. Les brochets qui sortent de la période de fraie sont fatigués et peu enclins à poursuivre une proie rapide. Il faut leur présenter quelque chose de facile, une proie qui semble vulnérable et dont la trajectoire est prévisible. C’est exactement ce que le Mirage produit quand on le ramène lentement avec des pauses.
Pour les pêcheurs qui souhaitent tout de même animer le leurre de façon plus active, Hiroshi recommande d’utiliser de légères animations à la canne plutôt qu’au moulinet, en réalisant de petits écarts latéraux modérés. On évite les grands coups de scion qui produiraient trop de bruit de fil et qui rendraient la trajectoire du leurre trop erratique et difficile à intercepter pour le brochet.
Selon Hiroshi, un poisson carnassier attaque un leurre pour deux raisons principales : soit parce que la vibration émise est plus puissante que celle d’un vrai poisson-fourrage et attire son attention, soit parce que le leurre semble plus facile à capturer qu’une vraie proie. Le Mirage JT161 joue clairement sur le second tableau.
Tuning et lestage : comment pêcher plus profond
Le Mirage JT161 est un leurre de subsurface qui évolue naturellement dans les premiers mètres sous la surface. Pour les pêcheurs qui souhaitent explorer des couches d’eau plus profondes, Hiroshi propose plusieurs solutions de tuning sans déséquilibrer le leurre.
La première option consiste à ajouter du plomb adhésif sur la tête du leurre, à raison d’environ un gramme. La seconde option est d’ajouter des grenailles sur les triples, entre 0,8 gramme et 1,5 gramme selon la profondeur recherchée. Ces deux solutions peuvent être combinées pour atteindre des profondeurs de nage plus importantes.
Hiroshi déconseille en revanche de placer un lest trop loin du leurre, par exemple sur le bas de ligne. Même si cette idée peut sembler logique pour ne pas altérer la nage, elle réintroduit un problème de rotation au lancer, ce qui va à l’encontre de l’un des principaux atouts du Mirage. Mieux vaut donc toujours lester directement sur le corps du leurre ou sur les triples.
Quel bas de ligne et quelle attache utiliser
L’un des points forts du swimbait par rapport aux poissons nageurs à bavette est sa tolérance vis-à-vis du montage. Le poids et la rigidité du bas de ligne ont beaucoup moins d’influence sur la nage d’un swimbait que sur celle d’un crankbait ou d’un jerkbait dont la bavette amplifie la moindre perturbation à l’avant du leurre. On peut donc utiliser le bas de ligne de son choix sans craindre de dénaturer l’action de nage du Mirage.
Hiroshi recommande tout de même de privilégier un bas de ligne relativement souple pour obtenir la nage la plus fluide possible. Une simple agrafe suffit pour la connexion, mais il insiste sur un point de vigilance important : vérifier systématiquement la fermeture de l’agrafe avant chaque lancer. Le brochet a la particularité de tourner violemment sur lui-même après la prise, ce qui exerce une pression latérale sur l’agrafe et peut provoquer son ouverture. Hiroshi confie avoir perdu de nombreux poissons à cause d’agrafes mal fermées.
Coloris : lequel choisir
Le Mirage JT161 est disponible en environ huit coloris sur le marché français. La gamme se divise entre des teintes naturelles imitatives comme l’argenté et le doré, et des coloris plus flashy tirant vers le chartreuse ou le jaune.
Hiroshi privilégie personnellement les coloris naturels dans la majorité des situations. Il explique que le coloris argenté joue un rôle de miroir : il reflète l’environnement dans lequel le leurre évolue, prenant des teintes vertes dans les herbiers et des nuances plus sombres en eau profonde. C’est un camouflage naturel qui renforce le réalisme de la présentation. Le coloris doré est sa préférence quand l’eau est légèrement teintée et qu’un peu de brillance peut aider le brochet à repérer le leurre.
Les coloris flashy ont leur utilité dans des conditions spécifiques, notamment en eau très trouble ou très colorée, mais Hiroshi reconnaît qu’ils sont parfois davantage conçus pour plaire au pêcheur dans la boîte que pour convaincre le brochet dans l’eau. En eau claire et par temps calme, mieux vaut se tourner vers les coloris discrets.
À qui s’adresse le Mirage JT161
C’est peut-être la plus grande qualité de ce swimbait : il ne demande aucune technique particulière pour pêcher efficacement. On lance, on ramène, et le leurre travaille tout seul. Le système de mise en ligne au lancer garantit des lancers précis même pour les pêcheurs qui ne sont pas habitués aux swimbaits articulés. L’animation de base est un simple lancer-ramener lent qui ne nécessite aucune maîtrise technique spécifique.
Hiroshi va même plus loin en affirmant que la priorité pour un pêcheur de swimbait n’est pas de savoir animer son leurre, mais de savoir le lancer au bon endroit. Un leurre posé avec précision devant un poste marqué sera toujours plus efficace qu’un leurre animé à la perfection mais lancé à côté du poisson. Le Mirage JT161 facilite justement cette précision au lancer grâce à son système d’alignement.
Foire aux questions
Le JT161 est la version trois sections de 161 mm pour 45 grammes, tandis que le JT128 est la version deux sections de 128 mm. Le JT161 offre une nage plus serrée et une meilleure stabilité dans le courant, ce qui le rend plus adapté à la pêche en rivière. Le JT128 avec son débattement plus ample convient davantage à la pêche en étang et en plan d’eau calme.
Oui, le Mirage JT161 est équipé de seulement deux triples, ce qui le rend conforme à la réglementation française sans qu’il soit nécessaire de retirer un hameçon ou de rééquilibrer le leurre.
Il suffit de retirer la queue souple du corps du leurre, de la poser à plat et de verser de l’eau chaude dessus pendant environ une minute. La queue en TPE reprend alors sa forme d’origine. Il est important de vérifier que la queue est bien droite avant chaque sortie car une queue tordue dégrade fortement la nage.
Oui, Hiroshi recommande d’ajouter du plomb adhésif sur la tête du leurre (environ 1 gramme) ou des grenailles sur les triples (entre 0,8 et 1,5 gramme). Il déconseille de placer un lest sur le bas de ligne car cela réintroduit des problèmes de rotation au lancer.
En eau claire, les coloris argenté et doré sont les plus polyvalents. L’argenté joue un effet miroir et s’adapte à l’environnement. Le doré est efficace en eau légèrement teintée. Les coloris flashy sont à réserver aux eaux troubles ou très colorées.
L’animation la plus efficace est un simple lancer-ramener lent ponctué de pauses. Hiroshi déconseille les jerks prononcés qui produisent trop de bruit de fil. En début de saison, une récupération particulièrement lente imite une proie facile et déclenche les attaques des brochets encore fatigués après la fraie.